La bataille de Midway

La bataille de Midway est un engagement aéronaval majeur opposant les forces du Japon et des États-Unis qui s'est déroulé dans les premiers jours de juin 1942 au cours de la guerre du Pacifique.
Bombardiers Douglas SBD Dauntless de l'USS Hornet se préparant à plonger sur le croiseur japonais Mikuma en feu.
 
L'objectif de la bataille navale, provoquée par le Japon, était d'éliminer les forces aéronavales américaines qui constituaient une menace pour les conquêtes japonaises dans le Pacifique. Pour l'amiral Yamamoto, commandant des opérations, il s'agissait également de placer son pays dans une position de force pour négocier avec les États-Unis une paix entérinant le nouveau partage du territoire.
Le plan de l'amiral Yamamoto prévoyait d'attirer les porte-avions américains vers les forces navales japonaises en livrant un assaut aérien et terrestre contre l'atoll de Midway.  Une attaque devait être menée en parallèle contre les îles Aléoutiennes. Malgré les moyens énormes mis en jeu par la marine japonaise, comprenant près de 200 unités navales dont 8 porte-avions et 12 cuirassés, cette attaque fut un échec total. Les Américains, qui avaient percé le code japonais, connaissaient les détails et le calendrier de l'opération, tandis que les Japonais furent handicapés par l'échec de leurs missions de reconnaissance puis, au moment de la bataille décisive livrée par les quatre porte-avions de l'amiral Nagumo, par la division de leurs forces en plusieurs flottes. Les quatre principaux porte-avions japonais ainsi qu'un croiseur lourd furent coulés par les aviateurs américains tandis que les pertes américaines se limitèrent à un porte-avions et un destroyer. Cette défaite japonaise marqua un tournant dans la campagne du Pacifique.Elle mit fin à la supériorité des forces japonaises dans le Pacifique.
L' atoll de Midway avant la bataille
 
PREMIÈRE ATTAQUES AERIENNES
Sur Midway le premier groupe d'attaque décolla à 12 h 30 le 3 juin avec neuf B-17. Trois heures plus tard, les pilotes américains découvrirent le convoi de transport japonais à 1 060 km à l'ouest.Pris sous un feu nourri, ils larguèrent leurs bombes sur les navires. Si plusieurs coups au but furent revendiqués.
Aucune bombe ne causa de dommages significatifs.Tôt le lendemain matin, le pétrolier japonais Akebono Maru fut touché par une torpille lancée par un hydravion PBY Catalina. Ce fut la seule attaque à la torpille réussie par les Américains durant toute la bataille.
Mouvements des flottes américaine et japonaise entre le 3 et 6 juin 1942.
 
Le 4 juin à 4 h 30, Nagumo lança sa première attaque sur Midway avec 36 bombardiers Aichi D3A et 36 bombardier-torpilleurs Nakajima B5N escortés par 36 chasseurs Mitsubishi A6M Zero. Dans le même temps, il mit en place une patrouille de défense aérienne autour de ses porte-avions et envoya ses huit appareils de reconnaissance tenter de découvrir la flotte ennemie. L'opération de reconnaissance japonaise fut assez légère car il n'y avait pas assez d'avions pour couvrir efficacement les zones à surveiller et le mauvais temps rendait difficile les vols au nord-est et à l'est du groupe aéronaval.La mauvaise disposition du plan de bataille de Yamamoto était maintenant devenue un handicap sévère.
Les radars américains de Midway repérèrent les avions japonais à une distance de plusieurs centaines de kilomètres et des intercepteurs furent rapidement déployés. Des bombardiers sans escorte, car celle-ci restait en arrière pour défendre Midway, partirent attaquer les porte-avions japonais. À 6 h 20, les appareils japonais bombardèrent et endommagèrent gravement la base américaine. Les F4F Wilcat et les F2A Buffalovieillissants décollèrent pour intercepter les Japonais et ils subirent de lourdes pertes mais ils détruisirent quatre Aichi D3A et au moins trois Mitsubishi A6M Zero. Trois F4F et 13 F2A furent abattus, la plupart dans les premières minutes et plusieurs autres furent endommagés ; à la fin de l'attaque, il ne restait plus que deux chasseurs en état de marche. La DCA américaine, précise et intense, revendiqua un tiers des appareils japonais détruits.Malgré les dégâts, la base américaine n'était pas hors service et les bombardiers pouvaient toujours s'y ravitailler et s'y réapprovisionner pour attaquer la force d'invasion japonaise. Une autre attaque aérienne serait donc nécessaire si les Japonais voulaient débarquer des troupes le 7 juin.
 
Ayant décollé avant l'attaque japonaise, les bombardiers américains basés à Midway menèrent plusieurs attaques sur le groupe aéronaval japonais. L'escadron d'attaque comprenait 6 TBF Avenger (venant tout juste d'entrer en service) détachés de l'USS Hornet, 11 SB2U Vindicator et 16 SBD Dauntless du corps des marines et 4 B-26 Marauder équipés de torpilles et 15 B-17 Flying Fortress de l'USAAF. Les Japonais détruisirent cinq TBF Avenger, deux S2BU Vindicator, huit SBD Dauntless et deux B-26 Marauder, tout en ne perdant que deux chasseurs.Un B-26 Marauder, touché par un tir de l'Akagi, ne fit rien pour s'éloigner et il manqua de s'écraser directement sur le pont d'envol du navire. Cet incident a pu contribuer à la détermination de Nagumo de lancer une autre attaque contre Midway en violation des instructions de Yamamoto lui imposant de garder le groupe de réserve pour des opérations anti-navires.
Combat aérien au dessus de Midway
 

ATTAQUE DE LA FLOTTE JAPONAISE

L'amiral Fletcher, à bord de l'USS Yorktown, ayant bénéficié du rapport de l'hydravion de reconnaissance, ordonna au contre-amiral Spruance de lancer une attaque contre les Japonais aussitôt que possible tout en gardant initialement l'USS Yorktown en réserve si d'autres porte-avions japonais étaient repérés.Bien que la flotte japonaise se trouvait à la limite du rayon d'action de ses appareils, Spruance décida qu'une attaque pouvait réussir et il donna l'ordre de décollage vers 6 h. Il laissa ensuite le chef d'état-major de Halsey, le capitaine Miles Browning, mettre au point les détails de l'attaque et superviser les décollages. Les opérations prirent du retard et les premiers appareils ne décollèrent des porte-avions sous le commandement de Spruance, l'USS Enterprise et l'USS Hornet, que vers 7 h puis de l'USS Yorktown à 8 h. Spruance donna ensuite l'ordre aux appareils en vol de se diriger immédiatement vers l'ennemi sans perdre une minute à attendre la formation d'un groupe d'attaque complet car il considérait que la neutralisation des porte-avions ennemis était la clé de la survie de sa flotte. Spruance estima que la rapidité de l'attaque était plus important que la mise au point d'un dispositif d'attaque coordonné entre les différents types d'appareils (chasseurs, bombardiers en piqué et bombardier-torpilleurs). Par conséquent, les escadrons américains furent envoyés petit à petit et partirent en direction de leur cible en plusieurs groupes différents. Le manque de coordination allait réduire l'efficacité de l'attaque et aggraver les pertes mais Spruance considéra que le risque en valait la peine car mettre les Japonais sous pression handicaperait leur capacité à mener une contre-attaque (la doctrine japonaise privilégiait des attaques en formation) et il pensa qu'il attaquerait au moment où les ponts d'envol japonais seraient les plus vulnérables.
Des TBD Devastator à bord de l'USS Enterprise se préparant à décoller .
 
Les appareils américains eurent du mal à trouver la flotte japonaise malgré les positions qu'ils avaient reçues. Le premier groupe américain, le Torpedo Squadron 8 de l'USS Hornet, arriva en vue des navires japonais à 9 h 20 suivi par le Torpedo Squadron 6 de l'USS Enterprise à 9 h 40. Les avions américains lents et sous-armés furent rapidement balayés par les Mitsubishi A6M Zéros, bien plus rapides et manœuvrables, sans avoir le temps de causer des dégâts. Quelques TBD Devastator parvinrent à lancer leurs torpilles et à mitrailler les navires, ce qui força les porte-avions japonais à réaliser des manœuvres évasives.
Les attaques à la torpille américaines parvinrent à désorganiser les porte-avions japonais et les empêchèrent de préparer et de lancer une contre-attaque. De plus, elles détournèrent l'attention des chasseurs japonais qui arrivèrent rapidement à cours de carburant et de munitions.
L'apparition d'un troisième groupe de bombardiers-torpilleurs (le Torpedo Squadron 3) au sud-est à 10 h attira rapidement la plus grande partie des chasseurs japonais dans ce secteur. 
 
Au même moment, trois escadrons de bombardiers en piqué américains SBD Dauntless arrivèrent en vue de la flotte japonaise depuis le nord-est et le sud-ouest. Ces derniers n'avaient presque plus de carburant car ils avaient passé beaucoup de temps à rechercher l'ennemi. Le chef du groupe, C. Wade McClusky, décida cependant de continuer les recherches et par chance il repéra le destroyer japonais Arashi. Ce navire faisait route à pleine vitesse pour rattraper le groupe aéronaval de Nagumo après avoir tenté sans succès de couler le sous-marin USS Nautilus qui avait auparavant attaqué le cuirassé Kirishima sans résultat. Certains des bombardiers Dauntless, à cours de carburant, durent amerrir avant même le début de l'attaque.
La décision de McClusky de poursuivre les recherches a, selon l'amiral Chester Nimitz, « décidé du destin de notre groupe aéronaval et de nos forces à Midway. Les appareils américains arrivèrent en effet au pire moment pour la flotte japonaise.
 Les appareils japonais armés encombraient les hangars, les tuyaux de carburant serpentaient sur les ponts pour terminer les opérations de ravitaillement et les fréquents changements d'armement avaient eu pour conséquence que les bombes et les torpilles étaient dispersées dans les hangars au lieu d'être stockées en sureté dans les arsenaux.
Les escadrons de l'USS Enterprise réalisèrent plusieurs coups au but sur le Kaga à 10 h 22 puis ils attaquèrent l’Akagi quatre minutes plus tard. L'escadron de l'USS Yorktown plongea sur le Soryu qui fut touché à plusieurs reprises. En moins de six minutes, les porte-avions Soryu, Kaga et Akagi avaient été mortellement touchés et étaient à présent la proie des flammes. L’Akagi ne fut touché que par une seule bombe qui traversa le pont d'envol et explosa au milieu des appareils armés et ravitaillés qui se trouvaient dans les hangars. L'amiral Nagumo dut alors quitter son navire-amiral en flamme pour se réfugier sur le croiseur léger Nagara. Les trois porte-avions furent finalement abandonnés et sabordés.
Akagi en flamme
 

CONTRE ATTAQUES JAPONAISES

Le Hiryu, le seul porte-avions japonais survivant, lança immédiatement ses appareils. La première vague japonaise de bombardiers en piqué endommagea lourdement l'USS Yorktown avec trois bombes qui détruisirent ses chaudières et l'immobilisèrent. Cependant, les réparations furent tellement efficaces que les pilotes de la seconde vague japonaise composée de bombardiers-torpilleurs pensèrent que le navire était intact.Les Japonais pensèrent égaler les scores en éliminant deux porte-avions en deux frappes mais l'USS Yorktown subit les deux attaques japonaises car la seconde vague pensa que l'USS Yorktown avait déjà coulé et qu'elle attaquait l'USS Enterprise. Après avoir reçu deux torpilles, l'USS Yorktown fut incapable de poursuivre la bataille car il commença à giter selon un angle de 26° à bâbord et cela força l'amiral Fletcher à déplacer son état-major à bord du croiseur lourd USS Astoria. Les deux autres porte-avions américains n'avaient pas été endommagés.La nouvelle des deux attaques et le fait que chacune avait coulé un porte-avion américain améliora considérablement le moral du Kidô Butai. Ses appareils survivants furent récupérés par le Hiryu où ils furent préparés pour une attaque contre ce qui semblait être le dernier porte-avions américain.
L'USS Yorktown fut touché par une torpille japonaise lancée par un Nakajima B5N
 

LA CONTRE ATTAQUE AMERICAINE

À la fin de l'après-midi, un appareil de reconnaissance de l'USS Yorktown localisa le dernier porte-avions de Nagumo, l’Hiryu. L'USS Enterprise lança une vague d'attaque composée de bombardiers en piqué. Bien que le Hiryu ait été protégé par plus d'une douzaine de chasseurs Mitsubishi A6M Zeros, quatre ou cinq bombes lancés par les appareils américains touchèrent mortellement le porte-avions japonais. Les avions de l'USS Hornet, lancés avec retard à la suite d'une erreur de communication, attaquèrent sans résultat les autres navires japonais. Après des efforts désespérés pour éteindre l'incendie, la majorité de l'équipage du Hiryu fut évacué et le reste de la flotte s'orienta vers le nord-est pour tenter d'intercepter les porte-avions américains. Le Hiryu resta à flot durant plusieurs heures et lorsqu'il fut repéré le lendemain matin par un appareil du porte-avion Hosho, les Japonais pensèrent qu'ils pourraient le remorquer jusqu'au Japon pour le réparer. Cependant, le navire coula peu après avoir été repéré. Le contre-amiral Tamon Yamaguchi choisit de sombrer avec son vaisseau.
Avec la tombée de la nuit, les deux camps firent le point et préparèrent des plans pour la suite de la bataille. L'amiral Fletcher, obligé d'abandonner l'USS Yorktown et pensant qu'il ne pourrait pas commander de manière efficace depuis un croiseur, céda le commandement opérationnel à Spruance. Ce dernier savait que les États-Unis avaient remporté une grande victoire mais il n'était pas certain de la situation des forces japonaises et était déterminé à protéger Midway et ses porte-avions. Pour aider ses aviateurs, qui avaient été lancés à la limite de leur rayon d'action, Spruance s'était rapproché de la flotte de Nagumo durant la journée et continua pendant la soirée. La dernière vague de l'après-midi manqua de repérer la flotte principale de Yamamoto et comme les appareils revinrent pendant la nuit, Spruance fit allumer les lumières de ses porte-avions pour faciliter les atterrissages. prenant le risque d'être repéré et attaqué par les sous marins ennemis. Finalement, craignant une possible rencontre avec les forces de surface japonaises97, Spruance fit mettre le cap à l'est avant de faire demi-tour à l'ouest vers minuit.
Le Hiryu peu avant son naufrage.
 
De son côté, Yamamoto décida initialement de poursuivre l'engagement et d'envoyer ses navires vers l'est pour attaquer les porte-avions américains. Simultanément, un groupe de croiseurs fut détaché pour bombarder l'île. La flotte de surface japonaise ne parvint pas à repérer les navires américains du fait de la décision de Spruance de mettre momentanément le cap à l'est et Yamamoto ordonna un repli général à l'ouest. À 2 h 15 dans la nuit du 5 au 6 juin, le sous-marin USS Tambor, qui se trouvait à environ 170 km à l'ouest de Midway, repéra plusieurs navires. Comme il ne parvint pas à les identifier, le commandant du submersible ne tira pas mais il rapporta leur position à ses supérieurs. Après avoir reçu le rapport, Nimitz le transmit à Spruance. Ne sachant pas où se trouvait la principale flotte de Yamamoto, Spruance supposa que le sous-marin avait repéré la force d'invasion et il entreprit de l'intercepter.
USS Tambor
 
Les navires repérés par l'USS Tambor étaient les quatre croiseurs lourds Kumano, Suzuya, Mogami, Mikuma et les deux destroyers Arashio et Asashio, que Yamamoto avait envoyé pour bombarder Midway. À 2 h 55, les navires japonais reçurent l'ordre de se replier et ils firent demi-tour102. À peu près au même moment, l'USS Tambor fut repéré et lors des manœuvres pour éviter une attaque sous-marine, les croiseurs Mogami et Mikuma entrèrent en collision. La proue du Mogami fut sévèrement endommagée et le Mikuma, ayant subi moins de dégâts, dut ralentir à la vitesse de 22 km/h pour ne pas distancer le Mogami. À 4 h 12, le sous-marin américain confirma que les navires étaient japonais et il plongea pour les attaquer. L'attaque fut infructueuse et vers 6 h, il rapporta la présence de deux croiseurs japonais de la classe Mogami se trouvant à l'ouest. 
Les jours suivants, les appareils américains de Midway puis ceux des porte-avions de Spruance menèrent plusieurs attaques contre les croiseurs japonais à la traine. Le Mikuma fut coulé le 7 juin et le Mogami fut touché à plusieurs reprises mais parvint à rentrer au Japon. Les destroyers Arashio et Asashio furent également bombardés et mitraillés par les appareils américains de la dernière vague.
Au même moment, les opérations de sauvetage de l'USS Yorktown se poursuivirent et il fut remorqué par le dragueur de mines USS Vireo. Dans l'après-midi du 6 juin, le porte-avions américain fut touché par deux torpilles lancées par le sous-marin japonais I-168. Les pertes furent légères car l'équipage avait déjà été en grande partie évacué mais une troisième torpille coupa en deux le destroyer USS Hammann, tuant 80 marins. L'USS Yorktown ne coula que vers 5 h, le 7 juin, marquant la fin de la bataille. Ainsi, alors que les américains ne perdirent qu'un seul de leurs porte-avions, les japonais en perdirent quatre (l'Akagi, le Kaga, le Soryu et le Hiryu).
L'USS Yorktown gitait fortement à bâbord après avoir été touché par les appareils japonais.

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